L’animation d’un jardin partagé dans les quartiers nord de Marseille
L’animation d’un jardin partagé dans les quartiers nord de Marseille, sur le Jardin des Aures, par Julien NADREAU, Agent de développement de projets à l’Association Accueil et Rencontres, Vice-président du réseau des Jardins Solidaires Méditerranéens
Je travaille depuis 5 ans à la re-dynamisation d’un jardin familial, pédagogique, collectif et culturel. Le jardin des Aures a été initié en 1999 par les habitant de la cité voisine du parc où est implanté le jardin. Le contexte du quartier oblige à la création d’initiatives de développement social et d’éducation populaire.
Le territoire « Notre Dame Limite », situé au Nord du XVe arrondissement de Marseille. Il se compose d’un pôle hospitalier, de grands ensembles immobiliers sensibles, d’un noyau villageois et d’un habitat pavillonnaire permettant une certaine mixité.
Le secteur Notre-Dame Limite fait partie de ces quartiers qui « plombent » les statistiques des problématiques sociales de Marseille.
La participation des habitants à l’amélioration de leur cadre de vie est un facteur de valorisation, de promotion et d’insertion. Elle permet de lutter contre les exclusions et constitue un mode d’apprentissage de la citoyenneté.
Aussi, par le développement de projet comme le Jardin des Aures, l’association s’engage contre les processus de dévalorisation de certains territoires de nos villes. Son objectif est le développement d’une ville équilibrée permettant l’intégration harmonieuse de toutes ses composantes.
Un espace partagé de proximité
Le jardin des Aures, c’est un espace partagé de proximité, entre espace public et espace privé. C’est un lieu de convivialité, de rencontre, d’échange, de partage où se tissent des liens de solidarité, entre voisins, habitants du quartier, écoliers…
Le jardinier apprend ainsi à devenir acteur, auteur de son environnement, à le préserver, à améliorer sa qualité de vie et dans le même temps à gérer un espace avec d’autres : c’est l’apprentissage de l’éco-citoyenneté.
Aujourd’hui, lorsqu’on parle de jardin partagé, de jardin solidaire ou d’Eco Site nous évoquons beaucoup de choses ! À ces mots, on parle de pédagogie (jardin dans des écoles, dans des centres sociaux…), d’initiatives d’habitants. Mais, jardin partagé renvoie également à des initiatives citoyennes, à la notion d’ « éco-citoyenneté » ou à des actions de sensibilisation à l’écologie urbaine et au développement durable.
Plus qu’un long discours, passer quelques heures dans un jardin solidaire permet une meilleure compréhension de ce qui s’y passe !
Le jardin des Aures fait partie de cette grande famille de jardins dans tous leurs états . Ce jardin constitue un terrain de rencontres entre des publics qui ne se côtoient pas habituellement. Ce sont des rencontres originales entre des personnes en difficulté, des enfants, des jeunes adultes et des personnes âgées. Chacun veille au bon fonctionnement du jardin défendant des valeurs communes de fraternité, d’interactivité, de respect de l’environnement.
Créer et développer un jardin solidaire c’est une manière de valoriser des terrains de 500 à 1000 m2 sans affectation. Cela représente une façon pertinente de créer un espace vert et ce de manière sympathique et conviviale, plutôt que de maintenir une friche en milieu urbain.
C’est aussi un bon moyen de faire de l’éducation à l’environnement, le jardin des Aures y travaille depuis maintenant trois ans par de multiples équipements (parcelle collective, châssis à semis, jardibanc, zone ludique de compostage, toilettes sèches). On y parle alors de gestion de l’eau, de lutte biologique, de compost, des déchets, de rapport aux saisons… Ensemble, nous repensons notre rapport au milieu naturel.
Le jardin solidaire encourage les habitants à prendre en main des espaces, à faire se mélanger les générations. Enfin, ces jardins induisent un changement de relation entre les techniciens des espaces verts et les habitants.
Finalement deux des principaux intérêts des jardins partagés résident dans la dynamique collective qui les caractérise et dans la dimension pédagogique qui les anime.
Ces jardins sont-ils des lieux de transgression ? Plus tout à fait. Des réserves de biodiversité ? Très certainement. Un simple constat nous saute aux yeux, une grande attente s’exprime à l’égard de ces nouveaux jardins, un grand désir de les créer, de les multiplier, mais avec plaisir.
Le jardin solidaire, c’est un « jardin d’humanité », car chacun y acquiert peu à peu, librement, la capacité à faire société.
Le jardin des Aures a commencé durant 5 ans à offrir des parcelles à cultiver aux habitants n’ayant pas la chance d’avoir un jardin. Il a fallu ensuite s’entendre sur des règles de fonctionnement communes et concertées avec l’animateur.
Ensuite, le jardin s’est aménagé pour se rendre plus attractif sur le quartier. Avec l’aide de chantiers éducatifs menés par des associations partenaires, les jardiniers adhérents de l’association œuvre à l’embellissement de ce jardin qui est le leur (chantier de la Prévention Judiciaire de la Jeunesse, personnes effectuant leur Travail d’Intérêt Général, Chantiers d’insertion paysagers).
Enfin, le jardin possède aujourd’hui une parcelle collective qui accueille les établissements scolaires du quartier pour des sessions de découverte du jardinage au naturel en présence d’animateurs nature qui accompagne les enseignants. La parcelle collective accueille aussi des familles de centres sociaux ou des personnes du centre-ville motivées pour gratter la terre lors de nos « cafés jardin » du mercredi.
Le jardin devient aussi un lieu culturel à ciel ouvert avec des répétitions de danse, des résidences d’artistes sculpteur, des spectacles de rue, de conte ou de théâtre, de la musique et des séances en plein air de cinéma de quartier…/…
L’article intégral et le dossier complet : Durabilis n°11
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