Les jardins collectifs : derrière une seule notion, des réalités territoriales contrastées
Par Olga Pashchenko Doctorante au Centre des Recherches Historiques, Groupe de Géographie et d’Histoire – Territoires, Environnement, Ressources et Sociétés (GGH – TERRES) Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris, et Jean Noël Consalès (Maître de Conférences Géographie, Urbanisme et Aménagement de Territoire Université de Provence/ UMR Telemme)
Dans de nombreux pays industrialisés, il existe des groupes de jardins intra ou péri urbains cultivés collectivement par des habitants de la ville. Pensés par et pour des citadins, ces ensembles revêtent, selon les Etats ou les régions, des dénominations et des statuts variés. En France, on les nomme, depuis longtemps, jardins familiaux, lorsque l’on n’emploie pas encore leur appellation originelle de jardins ouvriers. Depuis plus récemment, on les nomme également jardins d’insertion ou jardins partagés. Autant de dénominations qui reflètent des structures différentes dans la forme mais complémentaires dans le fond, que tend, aujourd’hui, à englober le terme de jardins collectifs, actuellement en attente de votation à l’assemblée nationale [1] . Afin d’embrasser l’ensemble de ces réalités et de ces projets territoriaux complexes, il convient d’en faire une lecture chronologique, permettant de distinguer, d’une part, l’histoire longue des jardins ouvriers et familiaux et, d’autre part, la dynamique récente des jardins d’insertion et partagés.
__________DÉFINITION__________
Selon une définition morphologique de la Bergerie Nationale, les jardins familiaux se définissent comme des groupes, plus ou moins importants, de petites parcelles potagères (de 100 à 300 m²). Ils sont essentiellement cultivés en légumes, parfois en fruits. Situés en zones intra et péri urbaines, ils sont cultivés par et pour des urbains n’ayant aucun rapport avec le monde agricole. Dissociés du lieu d’habitation de leurs exploitants, les jardins familiaux sont utilisés à des fins d’autoconsommation familiale.
En France, il existe près de 800 associations soit environ 150000 parcelles. Trois organismes nationaux de gestion dominent :
- la Société Nationale d’Horticulture de France, créée en 1827, fédère 200 associations, dont seulement 10% sont des institutions de gestion de jardins familiaux,
- la Fédération Nationale des Jardins Familiaux et Collectifs, créée en 1896, représente environ un quart des 800 associations recensées en France. Elle compte aujourd’hui environ 22 000 membres. Parmi eux, on compte 17658 jardiniers répartis entre 134 associations adhérentes, 5561 cultivateurs appartenant à 47 comités locaux (sections décentralisées de la fédération) et 2539 jardiniers installés dans les 50 groupes gérés directement par la Fédération en Ile-de-France.
Le Jardin du Cheminot a pour particularité de regrouper, de manière préférentielle, des employés ou des retraités de la S.N.C.F., ayant le jardinage pour passion. Créé en 1929, devenu association en 1942, cet organisme regroupe 20 000 parcelles de jardins familiaux, réparties sur 500 hectares.
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Des jardins ouvriers aux jardins familiaux : essor, déclin et renouveau
C’est en Europe que se situe le berceau d’origine des jardins familiaux. Mais où précisément? En Allemagne ? En France ? En fait, il est très difficile de répondre avec exactitude à ces questions. Il est, en revanche, plus aisé de constater que c’est à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, au cœur de la Révolution Industrielle, que les ensembles de potagers passent, dans quelques pays européens, du stade d’opérations éparses à celui de mouvement d’envergure nationale. A la base de ces changements, se trouvent plusieurs fortes personnalités, marquées à la fois par l’hygiénisme et par le philanthropisme religieux. Bientôt relayées, au plan local, par des notables, des grands bourgeois ou des patrons paternalistes, leurs démarches se fixent pour objectif de réduire la misère et les dérives sociales engendrées par la croissance urbaine et l’industrialisation[2]. A cet égard, des institutions sont fondées afin de mettre à la disposition de familles populaires et démunies des lopins de terre à cultiver. L’exemple français est, à ce titre, particulièrement éloquent.
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- [1] Consales Jean Noël, thèse de doctorat de Géographie et d’aménagement du territoire, « Les jardins familiaux à Marseille, Gênes et Barcelone : laboratoires territoriaux de l’agriculture urbaine dans l’Arc Méditerranéen », réalisée à l’Université de Provence et au sein de l’UMR TELEMME, sous la direction de Madame le Professeur Claudine DURBIANO (Université de Provence), 17/12/2004 ↩
- [2] Consales Jean-Noël, «Les jardins familiaux de Marseille, Gênes et Barcelone : entre enjeux potentiels et fonctions réelles de l’agriculture urbaine», Rives méditerranéennes, n° 15, UMR 6570 Telemme / MMSH, Aix-en-Provence, 2003. ↩
A lire également :























La page des références et publications de Jean-Noël Consalès sur le site de l’Unité mixte de recherches TEMPS, ESPACES, LANGAGES, EUROPE MÉRIDIONALE, MÉDITERRANÉE (UMR TELEMME), l’un des plus importants centres de recherches de la MAISON MÉDITERRANÉENNE des SCIENCES de l’HOMME (MMSH) et de l’UNIVERSITÉ de PROVENCE (Aix-Marseille I) : http://telemme.mmsh.univ-aix.fr/membres/Jean-No%C3%ABl_Consales