Alliance Sciences Société .fr, boussole des acteurs de la culture scientifique

Alliance Sciences Société, connue sous l’acronyme ALLISS, structure depuis plusieurs années le dialogue entre le tiers secteur de la recherche (TSR) et l’enseignement supérieur. Pour les professionnels de la culture scientifique et technique, le portail alliss.org constitue un point d’entrée vers un réseau associatif qui dépasse la simple médiation. Nous détaillons ici les mécanismes concrets qui font d’ALLISS une boussole opérationnelle pour les acteurs du champ.

Gouvernance associative d’ALLISS et reconnaissance institutionnelle

ALLISS fonctionne comme une association déclarée, avec une collecte d’adhésions en ligne via HelloAsso. Ce statut associatif lui confère une souplesse que n’ont pas les agences publiques, tout en lui permettant de nouer des partenariats formels avec des organismes de recherche.

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La reconnaissance la plus significative vient d’INRAE, qui intègre ALLISS à ses réseaux partenaires en science ouverte. Cette inscription dans le périmètre institutionnel d’un établissement public à caractère scientifique et technologique marque un palier : ALLISS n’est plus perçu comme un simple collectif militant, mais comme un interlocuteur légitime dans les politiques de recherche participative.

Pour les structures de culture scientifique (CCSTI, associations d’éducation populaire, fablabs à vocation pédagogique), cette reconnaissance signifie un accès facilité aux appels à projets co-construits avec l’enseignement supérieur et la recherche (ESR). Nous observons que les porteurs de projets qui s’appuient sur le réseau ALLISS bénéficient d’une crédibilité renforcée auprès des financeurs publics.

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Chercheuse présentant des données sur la culture scientifique et les partenariats entre sciences et société devant un écran interactif

Tiers secteur de la recherche : périmètre et enjeux de la définition ALLISS

Le concept de tiers secteur de la recherche reste flou dans la littérature grise. ALLISS en propose une définition tripartite qui mérite d’être maîtrisée par tout acteur du territoire :

  • Le secteur non marchand : associations, syndicats, collectivités territoriales impliqués dans la production ou la diffusion de connaissances.
  • Le secteur marchand à but non lucratif : structures de l’économie sociale et solidaire, groupements professionnels engagés dans des démarches de recherche appliquée.
  • Les organisations à but lucratif de petite taille : auto-entrepreneurs, groupements agricoles ou artisanaux qui participent à des programmes de recherche participative.

Cette catégorisation a une portée opérationnelle directe. Elle permet aux financeurs de flécher des crédits vers des acteurs habituellement exclus des circuits classiques de la recherche académique. Le TSR selon ALLISS élargit le spectre bien au-delà des seuls laboratoires.

Le colloque de Cerisy « Vers une nouvelle alliance sciences-sociétés ? », organisé en 2023, a remis cette question au centre du débat français. Pierre-Benoit Joly y a pointé un défaut structurel : le manque de reconnaissance de la capacité propre du TSR à produire des connaissances. Le terme « science citoyenne » masque selon lui une conceptualisation encore immature, qui assimile toute production de savoir hors laboratoire à une simple contribution auxiliaire.

Culture scientifique et technique : un champ de gouvernance croisée

La culture scientifique et technique (CST) ne relève pas uniquement des politiques de recherche. Le ministère de la Culture la rattache à une politique culturelle et éducative distincte. Cette double tutelle crée des zones de friction que les acteurs de terrain connaissent bien : un même projet de médiation scientifique peut relever simultanément de la DRARI (recherche) et de la DRAC (culture).

ALLISS se positionne précisément dans cet interstice. En fédérant des acteurs qui relèvent tantôt du champ culturel, tantôt du champ scientifique, le réseau joue un rôle de traducteur institutionnel. Les groupes de travail thématiques proposés sur alliss.org permettent aux adhérents de co-construire des argumentaires adaptés aux deux logiques de financement.

Articulation avec les pôles territoriaux de référence

Sur le territoire, les pôles territoriaux de référence en culture scientifique constituent le maillage de proximité. ALLISS ne se substitue pas à ces pôles : il fournit un cadre national de mise en réseau et de capitalisation. Un CCSTI qui monte un projet participatif sur les enjeux environnementaux locaux peut s’adosser aux ressources méthodologiques d’ALLISS tout en conservant son ancrage territorial.

Nous recommandons aux porteurs de projets de consulter la rubrique « Groupes de travail » du site pour identifier les thématiques actives et les partenaires potentiels avant de répondre à un appel à projets.

Événement de médiation scientifique grand public dans un musée avec des stands de vulgarisation et des facilitateurs engageant le dialogue avec les visiteurs

Recherche participative et sciences ouvertes : le positionnement stratégique d’ALLISS

La recherche participative gagne en visibilité dans les politiques publiques françaises. ALLISS se distingue par son insistance sur la co-construction plutôt que sur la simple participation. La nuance est technique : dans un dispositif participatif classique, les citoyens contribuent à la collecte de données selon un protocole défini par les chercheurs. Dans un modèle de co-construction, les acteurs du TSR interviennent dès la formulation des questions de recherche.

Ce positionnement a des conséquences sur la propriété intellectuelle des résultats, sur le calendrier des projets et sur les indicateurs d’évaluation. Les conventions de partenariat entre une université et une association membre d’ALLISS intègrent généralement des clauses de gouvernance partagée absentes des contrats de recherche standard.

Limites du modèle actuel

Le réseau reste dépendant de l’engagement bénévole de ses membres et de financements publics par nature instables. La structuration associative, qui fait la souplesse d’ALLISS, pose aussi la question de sa pérennité face aux évolutions budgétaires des politiques de recherche et d’innovation.

L’autre point de vigilance concerne le risque d’entre-soi. Un réseau qui fédère principalement des acteurs déjà convaincus de la valeur du TSR peine à toucher les communautés scientifiques les plus éloignées des pratiques participatives. Les colloques comme celui de Cerisy contribuent à élargir l’audience, mais le passage à l’échelle reste un chantier ouvert.

Pour les professionnels de la culture scientifique qui cherchent un cadre structurant, ALLISS offre aujourd’hui le réseau le plus abouti en France sur l’articulation entre recherche et société. Le portail alliss.org centralise ressources, contacts et groupes de travail. La valeur ajoutée réside moins dans les outils que dans la légitimité institutionnelle acquise, notamment auprès d’INRAE, qui ouvre des portes concrètes lors du montage de projets collaboratifs sur les territoires.

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