La profondeur d’un noir imprimé dépend moins de la résolution de l’imprimante que de sa formulation d’encre et du nombre de canaux dédiés aux tons neutres. Une imprimante photo grand public à quatre cartouches (cyan, magenta, jaune, noir) produit ses gris en mélangeant ces couleurs, ce qui génère presque toujours une dominante colorée visible sur un tirage monochrome. Pour obtenir un noir et blanc réellement profond, il faut un jeu d’encres pigmentaires incluant plusieurs noirs et gris distincts.
Encres pigmentaires et canaux gris : le socle technique d’un tirage monochrome
Le principe est simple : plus une imprimante dispose de canaux d’encre dédiés aux tons neutres, plus elle peut restituer des dégradés fins sans recourir au mélange de couleurs primaires. Les gammes Epson SureColor SC-P et Canon imagePROGRAF PRO embarquent six, huit, voire davantage d’encres, dont plusieurs variantes de noir et de gris.
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Epson précise dans son guide d’achat que ses imprimantes photo spécialisées produisent « des tons plus intenses, des noirs plus profonds et des dégradés plus subtils » que les multifonctions grand public. Canon met en avant l’usage de plusieurs encres noires et gris dans ses imagePROGRAF PRO pour maîtriser le rendu monochrome, notamment sur papier mat.
La distinction entre encre pigmentaire et encre à colorant compte autant que le nombre de canaux. Les pigments se déposent en surface du papier et résistent mieux à la lumière et à l’humidité. Les colorants pénètrent la fibre, offrent parfois un gamut couleur plus large, mais perdent en densité de noir et en longévité. Pour du noir et blanc destiné à l’encadrement ou à la vente, le pigmentaire reste la référence.
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Papier mat, baryté ou brillant : l’impact sur la densité des noirs
Le choix du papier modifie radicalement la perception de profondeur. Un papier brillant ou lustré reflète la lumière de manière uniforme, ce qui donne un Dmax (densité maximale du noir) plus élevé. Le tirage paraît plus « punchy ».
Un papier mat baryté absorbe la lumière différemment. Le noir absolu y est moins dense en mesure, mais le rendu rappelle davantage le tirage argentique sur papier baryté. C’est souvent ce que recherchent les photographes noir et blanc.
Le problème, c’est que toutes les imprimantes ne gèrent pas aussi bien le mat. Les tests comparatifs publiés sur Chassimages montrent que la nouvelle formulation d’encres Epson SureColor produit des noirs sensiblement plus profonds sur papier mat que la Canon Pro-1000 (désormais remplacée par l’imagePROGRAF PRO-1100). Cet écart se réduit sur papier brillant, mais reste visible à l’oeil nu sur des aplats sombres.
Adapter le profil ICC au papier
Un profil ICC mal calibré suffit à introduire une dominante chaude ou froide dans les gris moyens. Chaque combinaison imprimante-papier nécessite son propre profil. Les fabricants de papier fine art (Hahnemühle, Canson Infinity, Ilford) fournissent des profils téléchargeables pour les modèles Epson et Canon courants. Les utiliser est la première chose à faire avant de juger la neutralité d’un tirage.
Modèles à réservoir pour le noir et blanc : Epson EcoTank et Canon PIXMA G650
Les imprimantes à réservoir rechargeable changent le calcul économique du tirage noir et blanc à domicile. Le coût à la page chute de manière significative par rapport aux cartouches classiques, ce qui permet de multiplier les essais de calibration et de tirage sans surveiller le compteur.
Epson positionne sa gamme EcoTank Photo et Canon son PIXMA G650 comme des alternatives crédibles pour la photo. Le Canon PIXMA G650 utilise six encres, ce qui lui permet de produire des dégradés plus fins qu’un modèle quatre encres. Ces modèles ne rivalisent pas avec une SureColor SC-P700 ou une imagePROGRAF PRO-1100 sur la profondeur absolue des noirs, mais un tirage noir et blanc sur EcoTank six encres dépasse largement ce qu’offre une jet d’encre bureautique.
- Epson EcoTank Photo : système à réservoir, encres à colorant sur la plupart des modèles, coût à la page très bas, qualité photo correcte pour des tirages personnels jusqu’au A4.
- Canon PIXMA G650 : six encres à colorant, réservoir rechargeable, calibration photo spécifique, tirages A4 avec des gris relativement neutres pour sa catégorie de prix.
- Epson SureColor SC-P700 : encres pigmentaires UltraChrome Pro10, dix canaux, format jusqu’au A3+, profils ICC fournis par la plupart des papetiers fine art. C’est l’entrée de gamme « pro » pour du noir et blanc exigeant.
- Canon imagePROGRAF PRO-1100 : encres pigmentaires LUCIA PRO, douze canaux dont plusieurs noirs et gris, format A2, conçue pour le tirage d’exposition.
Noir et blanc sur imprimante photo : les pièges qui dégradent le rendu
Le premier piège est d’utiliser le mode « niveaux de gris » du pilote d’impression sans profil dédié. Ce mode convertit l’image en niveaux de gris côté logiciel, puis laisse le pilote gérer le mélange d’encres. Le résultat dépend entièrement de l’algorithme du fabricant, souvent optimisé pour la couleur.
Le deuxième piège concerne le métamérisme : un tirage qui paraît parfaitement neutre sous un éclairage D50 peut virer au verdâtre ou au magenta sous un éclairage tungstène. Les imprimantes à nombreux canaux gris réduisent cet effet, mais ne l’éliminent pas totalement. Vérifier un tirage sous plusieurs sources lumineuses avant de valider un profil évite les mauvaises surprises à l’encadrement.
Pilote d’impression et mode Advanced Black & White
Epson propose un mode « Advanced Black and White Photo » dans ses pilotes SureColor. Ce mode court-circuite le mélange couleur classique et utilise prioritairement les canaux noir, gris clair et gris foncé. Canon offre une option similaire dans son plug-in Print Studio Pro. Activer ces modes dédiés améliore la neutralité des gris de manière souvent plus visible qu’un changement de papier.

Le tirage noir et blanc profond reste l’un des exercices les plus révélateurs en impression photo. La chaîne complète (encres pigmentaires multi-canaux, papier adapté, profil ICC calibré, mode monochrome dédié du pilote) pèse davantage que le choix d’une marque.
Entre une Epson SureColor SC-P700 et une Canon imagePROGRAF PRO-1100, l’écart de rendu tient plus au papier et au profil qu’au matériel lui-même. Le vrai seuil de qualité se situe au passage des encres à colorant vers les encres pigmentaires, et d’un jeu de quatre encres vers un jeu de six ou plus.

