Les principales causes des troubles alimentaires à connaître

Manger et boire font partie des plaisirs de la vie pour beaucoup d’entre nous. Lieu de partage et d’union des personnes, la table nourrit le corps, le cœur et l’esprit.

À chaque saison, l’occasion de célébrer la vie ne manque pas : terrasse ensoleillée, barbecue entre amis, pique-nique au parc ou flânerie gourmande au marché public. Pour la majorité, ces instants passés autour d’un repas raniment la joie et renforcent les liens. Pourtant, cette convivialité n’a pas la même saveur pour tout le monde. Chez celles et ceux qui vivent avec un trouble alimentaire ‒ anorexie, boulimie, hyperphagie ‒ l’idée même de partager un repas peut virer à l’angoisse. Ce moment qui réunit se transforme alors en véritable épreuve.

La peur constante de prendre du poids, la culpabilité face à la nourriture, le sentiment d’être scruté ou jugé : l’estime de soi et la perception du corps se construisent sur un terrain complexe, nourrit d’influences intérieures et collectives. Pour certains, la bataille contre la nourriture finit par impacter profondément la santé physique et mentale. Beaucoup cherchent alors à se faire oublier, déclinent les invitations, mettent de la distance. Mais ce retrait, au lieu d’apaiser les choses, aggrave souvent les excès ou les privations et laisse, au fil du temps, de véritables cicatrices dans la vie des concernés et de leurs proches.

Admettre que l’on traverse un trouble alimentaire n’a rien d’aisé. Faire face à ce qui blesse, accepter l’idée de demander de l’aide, voilà un acte courageux. Pourtant, apprendre à identifier les signaux envoyés par soi-même ou ceux qu’on aime, c’est déjà un premier pas sur le chemin de l’apaisement.

Un trouble de l’alimentation, c’est quoi ?

Anorexie, boulimie, hyperphagie : les mots reviennent souvent, mais la frontière entre une alimentation désordonnée et un trouble avéré n’est pas toujours lisible. On ne parle pas de trouble parce que l’on mange trop ou pas assez, de temps à autre. Ce qui marque vraiment ces pathologies, c’est la répétition des comportements problématiques et leur retentissement sur la santé, tant du corps que de l’esprit. Selon les critères actuels, un trouble alimentaire désigne une perturbation installée du comportement alimentaire, qui conduit à une mauvaise absorption ou un usage inadapté de la nourriture, jusqu’à altérer le bien-être général.

Anorexie, boulimie, hyperphagie : comprendre ce qui les différencie

Chaque trouble a sa dynamique propre. Identifier leurs caractéristiques aide à discerner les signaux en présence :

  • Anorexie : restriction sévère, perte de poids importante, peur intense de grossir, démarches multiples pour éviter tout gain de poids (exercice, produits coupe-faim…)
  • Boulimie : crises récurrentes où l’on ingère de grandes quantités de nourriture, puis tentatives d’éliminer ces calories (vomissements provoqués, purges, jeûne ou activité physique à outrance)
  • Hyperphagie : excès alimentaires sans compensation, avec à la clef de la détresse et de la honte

Reconnaître les signaux d’alerte

Ce n’est pas parce qu’on déborde parfois qu’il y a automatiquement trouble alimentaire. Ce qui doit alerter, c’est la souffrance qui s’installe et les répercussions sur la vie quotidienne. Par exemple, multiplier les régimes peut révéler un malaise avec son apparence, mais cela ne relève de la pathologie que lorsqu’une véritable détresse s’infiltre dans la routine.

Afin d’y voir plus clair, on peut s’attarder sur certains indices récurrents :

  • Anorexie : obsession du chiffre sur la balance, crainte de grossir omniprésente, stratégies diverses pour bloquer toute prise de poids
  • Boulimie : perte de contrôle lors des prises alimentaires, recours systématique aux purges ou au surentraînement, sentiment de honte après coup
  • Hyperphagie : compulsions alimentaires, état de malaise ou de remords marqué après les épisodes de surconsommation

Dépendance ou trouble alimentaire : quelle nuance ?

Certains faits dérangent et font réfléchir : la nourriture, parfois, met en branle dans le cerveau les mêmes mécanismes de plaisir que les substances addictives. Chez des personnes touchées par l’obésité sévère, par exemple, la simple évocation d’un aliment active une réaction qui n’a rien à envier à celle liée à une drogue chez un individu accro. Ce fameux “système de récompense”, conçu pour motiver des conduites vitales comme s’alimenter, peut dérailler : il amplifie parfois le désir, jusqu’à pousser à manger toujours plus ou, à l’inverse, à se priver de façon dangereuse.

Pourtant, une différence de taille subsiste : interrompre brusquement les prises de certaines substances peut mettre la vie en danger. Avec la nourriture, un arrêt de comportements néfastes s’accompagne rarement d’un risque vital immédiat. Mais sur le long terme, la santé globale, psychique comme physique, paie le prix fort dans les deux cas.

Facteurs de risque : ce qui pèse dans la balance

Parmi les principaux spécialistes, Howard Steiger insiste sur l’influence réelle de la génétique, activée par des expériences concrètes vécues au quotidien. Ce point de vue réinstalle le débat sur la bonne pente : personne ne choisit ce qu’il vit, mais rien n’est pour autant inéluctable. Reconnaître la part biologique et contextuelle, c’est aussi alléger la culpabilité des personnes et de leur entourage.

L’angoisse et l’isolement, terreaux fertiles des troubles

Les études récentes le montrent nettement : l’anxiété, l’incertitude et les événements bouleversants participent à la spirale des troubles du comportement alimentaire. La période de confinement sanitaire, par exemple, a amplifié l’isolement et les inquiétudes, renforçant chez beaucoup de personnes la tentation de compenser par la nourriture ou d’imposer un contrôle strict. Au plus haut niveau de la santé publique, les conseils s’articulaient autour du maintien du lien social, d’une activité physique régulière et d’une alimentation réfléchie, tout en respectant son espace et son rythme.

Chérissez vos amis et vos proches, même de loin. Un appel, une conversation à distance ou même un moment partagé à voix basse peuvent suffire à tenir le fil, à limiter l’angoisse et à garder la tête hors de l’eau. Ces gestes « banals » forment souvent le plus solide des remparts.

L’autre facette, c’est le trop-plein de temps, celui qui laisse la place à l’ennui. Le lien direct entre l’ennui et l’aggravation des comportements compulsifs, y compris alimentaires, est bien documenté. La boulimie, parmi d’autres, s’inscrit dans ces dynamiques de perte de contrôle. Alors si les moments difficiles vous rabattent vers le grignotage répété, tentez de reconstituer des repères stables : instaurez une routine, même bancale. Prenez soin de votre équilibre en variant vos activités, en creusant de nouveaux centres d’intérêt. Ce sont des relais, pas des solutions miracles, mais parfois, ils font toute la différence.

Le parcours de Bianca Gervais face à l’anorexie

Durant près de dix ans, Bianca Gervais a livré un combat quotidien contre un trouble alimentaire. Son histoire, partagée publiquement dans une campagne de sensibilisation, met en lumière l’importance de reconnaître sa détresse, d’accepter l’accompagnement, et de s’accrocher à des objectifs qui correspondent à ses propres attentes. Son parcours n’a rien d’une trajectoire rectiligne, mais chaque étape franchie, chaque victoire, rappelle qu’il n’est jamais vain de persévérer. Parfois, la liberté se niche dans de brefs moments de réconciliation, comme déguster sans peur son gâteau de mariage.

Quatre repères pour avancer malgré un trouble alimentaire

Se mobiliser paraît inatteignable lorsque la souffrance domine. Pourtant, certains leviers ont fait leurs preuves auprès de nombreux patients :

  • S’appuyer sur ses proches : pouvoir parler librement avec des gens de confiance soulage considérablement le fardeau. Partager ce que l’on traverse évite l’isolement et facilite le cheminement.
  • Se fixer des buts atteignables : oublier la balance, poser la réussite ailleurs, dans son rapport au monde, dans de petites conquêtes du quotidien, dans des projets motivants. Le temps devient alors un allié, non un adversaire.
  • Renoncer à la perfection : les modèles de corps relayés par la mode ou les médias ne reflètent pas la réalité, pas même celle des mannequins. Avoir la permission d’être imparfait, c’est se donner de l’air et accorder la priorité à sa santé.
  • Continuer, même après un écart : les rechutes ne marquent pas un échec définitif ; elles jalonnent le parcours de chacun. Elles prouvent simplement que le travail avance, fût-il chaotique.

Lutter en silence : le vécu d’Élizabeth et la boulimie

Élizabeth a longtemps tu ses difficultés, enfouissant douleur et honte derrière une façade de normalité. Son témoignage apporte un éclairage précieux sur la réalité de la boulimie et aide à reconnaître ces épreuves discrètes, invisibles même dans le cercle des proches.

Vers qui se tourner ? Les dispositifs de soutien

Chercher du soutien ne relève pas du mauvais réflexe ou du mauvais moment. Plusieurs associations se mobilisent chaque jour pour accompagner, écouter, conseiller, que ce soit dans un cadre préventif ou curatif.

Quelques ressources à connaître

Pour s’orienter, voici des organismes qui accompagnent les personnes en souffrance ou leurs familles :

  • Clinique des troubles de l’alimentation BACA (Montréal) : accompagnement psychologique réservé aux adultes.
  • Les jeunes que j’entends : espace d’informations, ressources et échanges avec des intervenants spécialisés.
  • Anorexie et boulimie Québec ANEB : ligne d’écoute, groupes d’entraide, ateliers et suivi post-retour à l’équilibre.

Un accompagnement psychologique sur mesure

Certains cabinets, comme la Clinique de psychologie du Québec, proposent des suivis personnalisés pour tous celles et ceux confrontés à un trouble de l’alimentation. S’engager dans un accompagnement, c’est se donner une nouvelle chance de renouer avec soi-même, à son rythme.

Regagner du terrain sur la maladie

Vivre avec un trouble de l’alimentation chamboule le quotidien jusque dans l’intime. Quand la nourriture devient une source d’angoisse, quand le décompte des calories colonise l’esprit, il n’est pas simple de retrouver la paix. Pourtant, d’autres voies existent, des chemins parfois longs, semés d’obstacles mais jalonnés de petites conquêtes : regagner du terrain sur soi-même, retrouver confiance, sentir à nouveau l’envie, l’élan, la force de vivre pleinement.

Le repli sur soi est tentant, mais il entretient la solitude. Oser tendre la main à un proche, faire appel à une aide professionnelle, s’offrir des défis modestes mais porteurs de sens : ces attitudes dessinent les vrais tremplins vers le changement. La persévérance, nourrie de patience, ouvre la voie à des victoires solides. Au bout du compte, la guérison n’obéit pas au sablier, elle trace simplement le retour d’un horizon dégagé, plus vaste et plus lumineux.

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