Les Centres pour le Contrôle et la Prévention des catastrophes (Centers for Disease Control and Prevention) ont créé une page Web contenant les dernières informations et recommandations sur ce que l’on appelle maintenant EVALI (pour la cigarette électronique, ou vaping, utilisation de produits, lésions pulmonaires associées).
Le vapotage a explosé, tout particulièrement chez les jeunes. Une étude récente montre qu’en 2018, près de 37 % des élèves de terminale ont déclaré avoir vapoté dans l’année, ils étaient 28 % seulement douze mois plus tôt. Les chiffres, eux, ne mentent pas : au collège et au lycée, 2,1 millions d’élèves utilisaient la cigarette électronique en 2017 ; cette population est passée à 3,6 millions en 2018. Les limites d’âge, vendre un e-cigarette à un mineur de moins de 21 ans (ou 18-19 selon les États) est illégal, n’ont pas empêché cette montée en flèche. Chez les adultes aussi, la pratique s’étend : selon une enquête menée par les CDC en 2017, près de sept millions d’Américains de plus de 18 ans utilisent la cigarette électronique.
Le principe est simple : une batterie chauffe un liquide qui se transforme en vapeur, pour être précis, en aérosol, que l’utilisateur inhale. Arômes, nicotine, cannabis ou autres substances s’ajoutent à la liste des ingrédients. La nicotine, elle, reste addictive, quel que soit le support. Même si les publicités ne manquent pas de le rappeler, l’histoire du tabac nous a déjà montré que les avertissements ne suffisent pas toujours.
Des liens inquiétants entre vapotage et maladie pulmonaire
Impossible d’ignorer les récentes alertes : des cas de maladies pulmonaires graves, dont deux décès, un dans l’Illinois, l’autre dans l’Oregon, ont été associés à la pratique du vapotage. D’après le CDC :
- Environ 200 consommateurs de cigarettes électroniques ont développé une pathologie pulmonaire aiguë dans 22 États, un chiffre en hausse constante (le Washington Post parle déjà de 354 cas). La plupart des personnes touchées sont des adolescents ou de jeunes adultes.
- Les spécialistes hésitent à incriminer formellement le vapotage, mais l’hypothèse la plus solide pointe un contaminant, plutôt qu’un microbe. Parmi les pistes : une irritation chimique, une réaction allergique ou immunitaire à certains composants présents dans les aérosols inhalés.
- Les premiers symptômes sont souvent discrets : essoufflement, douleur thoracique, puis aggravation progressive vers des difficultés respiratoires nécessitant parfois une hospitalisation.
- À ce stade, aucun modèle, marque ou arôme de cigarette électronique n’a été formellement relié à ces cas.
- FDA, CDC et autorités locales poursuivent leurs investigations pour identifier la ou les causes précises, prévenir et traiter ces maladies.
Les nombreuses zones d’ombre du vapotage
Les questions abondent. Combien d’utilisateurs de cigarette électronique développent ces complications ? Qui est le plus exposé : ceux qui ont déjà des soucis respiratoires comme l’asthme ? Les amateurs de cannabis ? Les adolescents ? Est-ce bien le vapotage lui-même qui provoque ces pathologies ? Ou une substance ajoutée ? Tant que la réglementation de la FDA évolue, obtenir des réponses s’avère complexe.
Effets secondaires et autres risques pour la santé
Les cas de maladies pulmonaires graves liés au vapotage secouent l’opinion, mais ce ne sont pas les seuls dangers en jeu. D’autres effets préoccupants ont été identifiés :
- La nicotine entraîne une dépendance rapide et peut perturber le développement neurologique, particulièrement chez les mineurs et les jeunes adultes. Même les e-cigarettes dites « sans nicotine » en contiennent parfois.
- Certains composants des vapeurs d’e-cigarette sont associés à un risque accru de cancer.
- Les jeunes adeptes du vapotage présentent une probabilité plus forte d’essayer la cigarette classique.
- Des explosions et des brûlures ont été signalées lors de la recharge d’appareils, suite à des défaillances de batterie.
- L’ingestion accidentelle du liquide de vapotage a provoqué des intoxications aiguës à la nicotine, aussi bien chez les enfants que chez les adultes.
- La consommation pendant la grossesse est susceptible d’affecter le développement du fœtus.
Pour l’heure, l’impact global du vapotage sur la santé reste très largement incertain.
Le vapotage, une alternative ?
Au-delà de la dimension récréative, certains avancent que le vapotage pourrait aider au sevrage tabagique. Quelques études le suggèrent, mais il reste difficile d’évaluer si la cigarette électronique fait mieux qu’un patch ou d’autres méthodes éprouvées. À ce jour, la FDA n’a pas donné son feu vert à la cigarette électronique comme solution officielle pour arrêter de fumer. De plus, de nombreux fumeurs alternent entre tabac traditionnel et vapotage, sans renoncer à l’un ou l’autre.
La position officielle du CDC : « Les cigarettes électroniques peuvent présenter un intérêt pour les fumeurs adultes qui ne sont pas enceintes, à condition de remplacer totalement la cigarette traditionnelle. » De son côté, la FDA rappelle que le vapotage n’est pas sans risque pour les jeunes, les femmes enceintes ou les adultes non-fumeurs.
Difficile de dresser un véritable bilan des bénéfices et des risques. Les informations manquent, la composition des e-cigarettes varie d’un produit à l’autre, et la FDA n’applique pas encore de contrôle strict. Les conséquences à long terme sur la santé restent méconnues.
Ce qu’il faut retenir
Certains choisiront peut-être de voir dans le vapotage un moindre mal pour les fumeurs. Pourtant, de nombreuses inconnues persistent. Signaler tout effet indésirable lié au vapotage à la FDA contribue à mieux cerner les risques. Si vous avez été confronté à de tels problèmes, il est possible de les faire remonter.
En attendant d’y voir plus clair, il peut être judicieux de réfléchir sérieusement avant de vapoter. Les autorités sanitaires déconseillent toute utilisation en dehors d’un cadre strict, tant que l’on ne connaît pas mieux les conséquences. Si la décision est prise de vapoter, il est recommandé d’éviter les produits sans marque ou modifiés (l’ajout de cannabis ou d’autres substances, par exemple) et de s’en tenir aux e-cigarettes commerciales non altérées.
Les cas graves de maladies pulmonaires survenus chez des vapoteurs forcent à s’interroger : nos poumons ne sont pas faits pour absorber autre chose que de l’air pur. Le tabac a mis des décennies à révéler toute l’étendue de ses méfaits. Le vapotage, lui, avance dans une zone encore floue, et le brouillard ne s’est pas levé.

